Vers un référentiel européen

Courant 2004/2005, la Directrice du Département Paramédical de l’HENAC, la Haute Ecole Namuroise Catholique, située à Namur en Belgique, a pris contact avec l’Institut de Formation en Soins Infirmiers de Laon (02) car il avait déjà collaboré lors d’un autre projet international... Elle cherchait des partenaires car elle envisageait de construire un Projet Pilote à financement communautaire de type Léonardo Da Vinci, visant à élaborer un Référentiel Européen de Compétences en Soins Infirmiers (CRESI). Dans ce but, de nombreux partenaires ont été contactés, institutions de formation et établissements de santé.

 

Seuls quatorze d’entre eux, répartis dans cinq pays ont répondu positivement : La Belgique (pilote), la Lituanie, la Pologne, le Portugal et la France.

 

Les objectifs de ce projet sont :

  •  Promouvoir la transparence des qualifications en Soins Infirmiers
  • Faire connaître les compétences et qualifications acquises et/ou requises dans différents pays européens
  • Clarifier les différentes compétences qui doivent être acquises en fin de formation dans chacun des pays. Seront décrits les compétences et paliers de compétences (capacités) de l’année terminale.
  • Produire 5 Référentiels de Compétences (RC) Nationaux spécifiques.
  • Produire un Référentiel de Compétences Dénominateur Commun (RCDC). Profil infirmier de la jeune diplômée.
  • Situer l’utilisation transnationale du RC (recrutement GEPEC, évaluation des pratiques, formation)

Plusieurs projets européens notamment le projet « Tuning nursing educational structures in Europe » ont déjà abordé le thème de la création de référentiels de compétences pour certaines formations universitaires ou professionnelles. Malgré une plus grande représentativité due au nombre de pays participants, (Danemark, Finlande, Flandres (Belgique), Allemagne, Hongrie, Malte, Pays Bas, Norvège, Pologne, République d’Irlande, Republique Slovaque, Espagne, Ukraine, Royaume Uni) la méthode utilisée a reposé essentiellement sur la compilation de documents et de sources existantes dans les institutions de formation participantes. 

 

Le premier intérêt de la méthodologie envisagée par le projet CRESI est de permettre la participation de pays n’ayant pas collaboré au projet Tuning.

 

Le second, le plus intéressant, est qu’elle repose ici sur une construction originale de référentiels à partir d’éléments issus d’institutions de formation, mais surtout d’éléments issus de la participation de professionnels exerçant sur le terrain et constituant des partenaires à part entière.

 

Le projet CRESI viendra donc compléter le projet TUNING en apportant une nouvelle approche.

 

Cela est d’autant plus vrai que Frederik De Decker, Senior advisor for education, à Ghent University Association, promoteur du projet TUNING fait également partie des deux experts indépendants, chargés de l’application du plan qualité du projet CRESI.

 

Le projet écrit dans ce sens, après différentes étapes, a été validé par la communauté en septembre 2006. Sa mise en œuvre a donc commencé en octobre 2006 pour une durée de 24 mois.

 

L’organisation :

 

Le projet CRESI comprend 12 phases, décomposées en ateliers nationaux et en ateliers internationaux.

Chaque groupe de pilotage de chaque pays a donc en charge de créer un référentiel métier, puis un référentiel de compétences national spécifique. Toutes les sources à disposition, textes législatifs, travaux associatifs, personnes ressources et entretiens d’explicitation avec des professionnels, doivent être recensés et utilisés.

 

(Les groupes France)

 

Un plan qualité avec processus de validation interne et externe, ainsi qu’un plan de publication ont été adjoints au projet.

Deux experts méthodologiques Belges, membres de l’ISEI de Bruxelles, (Institut Supérieur d’Enseignement Infirmier et associé à l’Université catholique de Louvain), ayant de multiples expériences de création de référentiels nationaux accompagnent la démarche.

 

La méthode

 

Elle repose sur le travail de recherche de la Thèse réalisée par Philippe Charlier. Elle est voisine de la démarche en cours pour la création du référentiel national infirmier français pour la Réingénierie de la formation infirmière. Dans ce cadre, la conseillère technique nationale au Ministère de la santé nous a invités à intégrer ce groupe de travail national piloté par la DGS et la DHOS.

La méthode CRESI utilisée passe par quatre étapes :

  • Construction d’un référentiel métier : Il comprend la liste exhaustive des activités infirmières dans les différents secteurs d’activités
  • Classification des activités par catégorie de connaissances et par niveau d’observabilité : Activités cognitives, activités opératives ou procédurales, activités réflexives, activités psychoaffectives, activités sociales, niveau général ou non observable, niveau observable, niveau précis.
  • Repérage des compétences et croisement avec les familles de situations courantes
  • Identification des paliers de compétences (capacités) pour l’année terminale

(Diaporama méthodologique)

 

Cinq ateliers internationaux sont prévus au projet : un dans chaque pays.

Le 1er atelier international s’est déroulé à Namur entre le 11 et le 15 décembre 2006.

Il a permis de faire la connaissance des partenaires, de préciser les objectifs du projet, de s’approprier la méthodologie exposée par les experts, et de se familiariser avec l’outil informatique, la plateforme Claroline.

 

Celle-ci sera hébergée par l’HENAC tout au long du projet pour faciliter les échanges.

Après de multiples réunions du groupe de pilotage Français, une liste exhaustive des activités infirmières a été établie. Elle s’appuie essentiellement sur le référentiel métier du Ministère de la santé Français qui a su constituer un groupe représentatif de la profession infirmière dans ses différents secteurs d’activités en faisant participer les syndicats, associations professionnelles, et toute personne compétente. Par contre, le travail étant en cours, le projet CRESI n’a pu s’appuyer sur le référentiel de compétences, qui n’est pas achevé.

 

(Document comportant les fiches d’activités, catégorisées par types de connaissances et par niveaux d’observabilité).

 

Le 2ème atelier international s’est déroulé du 21 au 25 mai 2007, en Lituanie.

Ses objectifs étaient de présenter le travail produit par chaque pays partenaire, et de débuter l’étude comparative des référentiels métiers, dans le but de repérer les activités communes aux différents pays. Dans un deuxième temps, il s’agira de comparer les compétences communes.

Le 3ème atelier international s’est déroulé en France, en octobre 2007.

Le 4ème en Pologne

Le 5ème en Belgique

Le dernier au Portugal en 2008.

 

(Présentation synthétique de la méthode et du projet CRESI)

 

Comme tous les Projets Pilotes Leonardo financés par la CEE, ils visent à produire des méthodes transférables à d’autres contextes, voire à d’autres métiers, plus qu’à rechercher une réelle représentativité des différents pays.

Ce projet CRESI ne déroge pas à cette règle. Il a permis d’élaborer une méthode visant à créer un référentiel commun de compétences aux 5 pays, dans une approche par compétences intégrées (APCI), dans une logique socioconstructiviste. On entend ici par approche par compétences intégrées, l’approche analytique de la compétence du métier considéré (ici d’infirmière) combiné à l’approche synthétique du métier.

L’approche analytique a catégorisé les activités par types de savoir (cognitif, réflexif, procédural, psycho affectif, social) puis par niveau d’observabilité (Générales ou non observables, observables, et précises) : Cela a permis de déterminer les compétences, les capacités, les critères et indicateurs d’évaluation.

L’approche synthétique a permis de déterminer les familles de situation, par lesquelles toute personne exerçant le métier doit obligatoirement être passée, pour avoir exercé les activités spécifiques à chaque famille de situation (souvent caractériques des grandes fonctions du métier, faisant obligatoirement l’objet d’un stage en formation initiale).

Le croisement des deux, permet de vérifier la pertinence des choix, de part et d’autre.

 

(Méthodologie détaillée de l’approche par compétences intégrées).

 

Cette méthode, contrairement à ce qui a pu être dit par certains, ne s’oppose pas à une reconnaissance par le système de crédits européens (ECTS).

L’objectif de ce projet était de créer un référentiel de compétences à partir d’un référentiel métier et non l’étape suivante qui conduirait à créer un référentiel de formation initiale (RF). C’est à cette étape du RF seulement que la répartition purement arithmétique des ECTS apparait.

Rappelons qu’un référentiel de compétences peut avoir plusieurs utilités, notamment :

  • Créer un référentiel de formation initiale ou continue
  • Analyser les pratiques
  • Permettre la gestion des ressources humaines (GEPEC)

 

Dans le cadre des perspectives après ce projet, les travaux du groupe ont conduit à une réflexion sur la compétence qui viserait à créer un référentiel de formation initiale. Le diaporama, qui s’appuye notamment sur les travaux de Guy Leboterf, montre sous formes de pyramides à 3 niveaux, l’importance de la cohérence des méthodes pédagogiques dans une logique socioconstructiviste.

 

  • Les unités d’enseignement disciplinaires constituent le premier niveau : Les ressources (Le Savoir)
  • Le second niveau : Les familles de situations, constituées par les 3 types de stages dans le projet Leonardo. (Faire en situation, montrer une certaine performance)
  • Le troisième niveau : L’aspect réflexif, l’analyse de pratiques, constitué par le travail autour de situations d’intégration des différentes capacités contributives et constitutives de la compétence. (Etre capable d’expliciter comment on fait)

 

Malglaive parlait d’alternance intégrative où les cours expliquent la pratique et les stages mobilisent la théorie en situations.

Sans cette troisième phase, un apprenant ayant répété plusieurs fois un geste serait capable de montrer une certaine performance dans la même situation, par imitation. Toutefois, s’il n’a pas compris pourquoi il agit de la sorte, il sera incapable d’agir avec compétence si la situation varie.

C’est cette phase qui doit permettre le transfère, et l’intégration des savoir et savoir-faire (ou savoir être) pour être capable d’agir avec compétence en situations.

 

Le document final :

  • La 1ère partie présente : Les objectifs du projet, le cadre de référence en santé et en pédagogie, le référentiel commun au 5 pays présents.
  • La 2ème partie présente : La méthodologie décrite ci-dessus, et son cadre, le glossaire
  • Les parties suivantes présentent : Les 5 référentiels spécifiques, par pays, créé avec la méthodologie Leonardo. (Approche Par Compétences Intégrées : APCI) Enfin les partenaires nationaux et internationaux.

 

En conclusion :

 

Cette expérience conduite sur deux ans fut très riche, tant d’un point de vue professionnel que personnel.

Elle nous a permis de rencontrer des professionnels européens particulièrement brillants, de développer un questionnement sur les soins infirmiers (la « science infirmière », comme disent les Portugais ou « l’art infirmier » comme disent les Belges), de préciser les concepts et notre vocabulaire. Même la langue n’a pas constitué un problème dans nos échanges…

La rencontre avec les partenaires européens, notamment les Portugais, nous a permis d’entrer plus avant dans une approche communautaire des soins infirmiers, trop souvent centrée sur ses aspects curatifs en France.

Ce projet a mis en évidence les disparités de formation : 3 années en Belgique et en France, 4 années en Pologne ou au Portugal… Formation des infirmières graduées dans des hautes écoles en Belgique (Wallonie), à l’Université au Portugal ou en Pologne…de mesurer l’importance des recommandations européennes, dans le contexte de mobilité d’aujourd’hui.

En revanche, ce projet a également mis en évidence, les nombreux points communs du métier d’infirmière, de la conception des soins, de l’approche de la personne, dans les différents pays, malgré les différences culturelles.

Le plus grand intérêt de ce projet réside sans nul doute, de la rigueur méthodologique qui a conduit à la création d’une méthode d’Approche Par Compétences Intégrées dans une logique socio constructiviste. Cette méthode a permis d’élaborer un référentiel de compétences commun, en préservant les spécificités de chaque pays dans leur référentiel de compétence spécifique national. La transférabilité à d’autres contextes voire à d’autres métiers, ne fait aucun doute.

Pour un pays comme la Lituanie, récemment entré dans la CEE, les enjeux d’un tel projet sont importants. L’application directe est immédiate est assurée.

La DHOS représentée par Mme Coudray conseillère pédagogique Nationale qui menait conjointement la réingénierie de la formation en France, a participé activement à la démarche. Fortement intéressé par le projet Leonardo CRESI, la DHOS a été à la fois ressource, et en attente des résultats.

Le projet Leonardo, bien qu’utilisant une méthode totalement différente, a montré la pertinence de la démarche de réingénierie des études d’infirmière menée en France par la DHOS.

Les conclusions tout en étant légèrement différentes, sont très voisines et se complètent totalement. 

 

Frédéric Rufin, Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. Cadre de santé, Formateur en IFSI, Laon (02)

Myriam Delbaere Cadre de santé au Centre hospitalier de Laon (02)

Brigitte Macon Infirmière, Stomathérapeute au Centre hospitalier de Laon (02)

Véronique Itasse-Hautecoeur, Cadre de santé formatrice au Centre hospitalier de Laon (02)

 

Documents liés

 

http://www.cadredesante.com/spip/IMG/pdf/0_CRESI_Farde.pdf

Méthodologie

Référentiel Belgique

Référentiel France

Référentiel Lituanie

Référentiel Pologne

Référentiel Portugal

 

Source :

 

Création d’un référentiel européen de compétences en soins infirmiers : Pour une nouvelle dynamique transnationale